Des repères chronologiques et quelques éclairages sur l'histoire de la ville de Fondettes

Un panorama des principaux sites, bâtiments,monuments et autres objets de notre patrimoine.


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Cette année-là,
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La "grange des dîmes"
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Vallières et Fondettes : une fusion difficile
au début du 19ème siècle

Vallières et Fondettes : une fusion difficile au début du 19e siècle.

À la Révolution, la commune de Vallières s’étend sur 419 hectares et compte environ 400 habitants. Son territoire formait un triangle dont la base s’appuyait sur le Loire et la pointe, tournée vers le nord, atteignait le lieu-dit « La Barre ». Ce triangle formait une enclave dans la commune de Fondettes.

Dans sa séance du 15 pluviôse an X (4 février 1802), le conseil municipal de Vallières s’inquiète des intentions de la préfecture qui « s’occupe de nouveaux arrondissements de communes » et envisage l’agrandissement de la commune de Fondettes au détriment de celle de Vallières.

Ces craintes étaient fondées car un décret impérial du 19 nivôse an XIII (5 janvier 1805) réunit les deux communes en une seule, qui portera le nom « Fondettes-Vallières » et dont le chef-lieu est fixé à Fondettes. Le conseil municipal de Fondettes, qui a tout intérêt à unifier son territoire, a donné un avis favorable à cette fusion, mais les habitants de Vallières (certains du moins) n’y ont pas vu leur intérêt et n’ont pas cessé pendant une quarantaine d’années de protester contre cet acte « arbitraire et nul d’ailleurs comme entaché de violences. »

Plusieurs pétitions ont été signées pendant la première moitié du 19e siècle. La dernière pétition retrouvée, signée par 77 personnes, date de 1842. Les arguments sont toujours les mêmes : selon les habitants de Vallières la fusion « fut le résultat d’une intrigue sourdement ourdie et habilement menée à fin par ceux qui y avaient intérêt. Les habitants et les propriétaires de Vallières n’ont jamais cessé et ne cesseront que quand justice leur sera rendue de protester contre cet acte arbitraire et illégal ». Le rédacteur de cette pétition adressée au ministre de l’Intérieur ajoute : « il existe peu de sympathie entre les habitants des deux communes, Fondettes est jalouse de Vallières et la tyrannise… Vallières a été pendant plus de vingt ans sans être représentée au conseil municipal de Fondettes… » Les pétitionnaires terminent en sollicitant l’annulation d’un décret qu’ils jugent arbitraire et illégal.

Dans cette querelle de clochers, le principal grief concerne bien sûr le montant des impôts. Les pétitionnaires sont des personnes qui savent lire et signer, et, même s’ils précisent que d’autres habitants illettrés soutiennent leur action, on peut penser qu’il s’agit des plus gros propriétaires et donc des plus gros contribuables !

Le conseil municipal de Fondettes-Vallières a pourtant rappelé plusieurs fois que les impôts étaient répartis au marc le franc entre tous les contribuables des deux communes.

Les habitants de Vallières ont aussi le sentiment d’être délaissés. Ils se plaignent du mauvais état de la route conduisant de Vallières à Fondettes. Ils la jugent impraticable et accusent la commune de ne pas l’entretenir. Il faut rappeler également que l’église de Vallières a été détruite après la Révolution. il faut donc se rendre à celle de Fondettes pour assister à la messe du dimanche et pour recevoir les sacrements. Dans une des pétitions, il est précisé que « les habitants de Vallières étant très religieux, ils désirent ardemment avoir une église dans leur commune afin de remplir plus ponctuellement leurs devoirs de religion. »

Le conseil municipal de Fondettes-Vallières, dans sa séance du 10 mars 1833, convient que le chemin vicinal en question étant de 3ème classe, il n’a pas été considéré comme prioritaire et n’a pas pu être entretenu, mais les élus assurent qu’une demande sera faite au préfet.

L’autre grief très important pour cette population de vignerons, c’est la fixation du ban des vendanges « subordonnée à la décision des propriétaires du plat pays dont les vignes sont plus tardives que celles de Vallières situées sur la côte méridionale ». En effet, chaque commune fixe la date des vendanges sur son territoire et, en raison de la fusion, les vignerons de Vallières doivent commencer les vendanges à la même date que ceux de Fondettes, alors que les raisins, disent-ils, mûrissent plus tôt à Vallières, mieux orientée !

Un conseiller municipal fait observer que les vignes de la côte ne dépendent pas toutes de l’ancien territoire de Vallières et que certains habitants qui seraient eux aussi en droit de réclamer n’ont pas signé la pétition. Mais le conseil se veut conciliant et autorise deux bans de vendange à deux dates différentes.

Le conseil municipal de Fondettes-Vallières a donc, sur ce sujet, donné satisfaction aux pétitionnaires, mais il vote pour le maintien de la fusion des deux communes.

Les concessions accordées ne calment pas les habitants de Vallières qui, dix ans après, contestent de nouveau. Dans une lettre du 8 juin 1842, le baron Auvray, maire de Fondettes, informe le préfet qu’une nouvelle pétition des habitants de Vallières est en cours et lui demande de n’y pas donner suite.

La querelle a duré près de quarante ans. Avec le temps, de nouvelles générations de Fondettois sont nées mais les traditions ont la vie dure. Vallières a longtemps cherché à garder ses traditions. Jusque dans les années 1980, chaque premier dimanche de septembre, les Fondettois se rendaient à « l’assemblée de Vallières » (fête de l’ancien village, qui trouve son origine dans la célébration du culte à Notre-Dame de Chevalette).

Evelyne CHASTEL


(Source : ADIL - 1 M168)