Une collecte d’impôt « difficile »,
à La Guignière, en novembre 1772

On sait que la pression fiscale a été l’une des principales doléances exprimées par les révolutionnaires de 1789. Parmi les nombreux impôts de l’Ancien Régime, la taille était l’impôt le plus lourd supporté par les contribuables du Royaume. Il posait problème tant forcément pour ceux qui y était soumis que pour ceux qui étaient chargés de la collecte. Ces derniers étaient des hommes du village élus chaque année à cet effet. À Fondettes, le territoire était réparti en quatre secteurs. C’est dans l’un d’eux, le quartier de La Guignière, qu’une affaire éclate en novembre 1772. Évelyne Chastel en a relevé les éléments dans les archives départementales.
Gérard Regnard (ou Renard), tonnelier à La Guignière, présente une requête devant l’administration de l’Élection de Tours. Il prétend que les collecteurs du quartier, les nommés Louis Rembourg et Boucard, sont venus chez lui, accompagnés de l’huissier Jacques Martin, et ont demandé à Marie, l’épouse de l’artisan, de leur payer le restant du montant de la taille due par le couple. Ladite Marie Regnard leur aurait répondu qu’elle ne pouvait payer en l’absence de son mari, parti à Tours. Les collecteurs et l’huissier auraient alors menacé « la femme Regnard de saisir et enlever les meubles et effets et de la maltraiter si elle s'y opposait ». Celle-ci refusant toujours de payer, Rembourg, Boucard et l’huissier saisissent une « met » (huche à pain), une crémaillère, de la vaisselle de faïence et des cercles de tonneaux. Marie Regnard se rebellant sans doute, ils l’auraient bousculée, faisant tomber les cercles sur elle, en l’accusant de « faire la bougresse » et en la traitant de « sacré putain ».
Malheureusement, Marie Regnard était alors enceinte et, dans la nuit qui suit cette altercation, elle perd l’enfant qu’elle portait. La plainte du tonnelier conduit François Nicolas Preuilly, président au siège royal de l'élection de Tours, à faire comparaître en son hôtel, plusieurs voisins qui auraient pu être témoins des faits.
On ne connaît pas l’issue de cette affaire. La plainte a-t-elle été classée sans suite, en raison de la mauvaise volonté de Regnard à s’acquitter de l’impôt ? Les collecteurs ont-ils été condamnés pour leur zèle excessif ? Les dépositions des témoins n’ont sans doute pas beaucoup aidé les juges à se prononcer.

 

Jean-Paul Pineau