Naissance dans l’église

La consultation des anciens registres paroissiaux de Fondettes offre parfois quelques surprises. François Dupuy, qui a entrepris depuis plusieurs années d’enregistrer dans un logiciel de généalogie tous les actes de baptêmes, de mariages ou de sépultures figurant sur ces livres, nous a alerté sur une anecdote relatée à la date du dimanche 1er mars 1626. Ce matin-là, premier dimanche du Carême, les Fondettois en grand nombre sont rassemblés dans l’église du village, probablement derrière le curé Ragideau qui célèbre l’office. Au moment de l’élévation, on entend un cri sous la nef. Un bébé vient d’être mis au monde. La mère, Jehanne Guieneux, sans doute allongée sur le carrelage de l’édifice religieux, a été délivrée vraisemblablement par la sage-femme du village, présente à la messe comme tous les habitants. Près de la mère se trouvent son mari, François Ducloux, et un ami du couple, Jehan Porcher. Le trio est originaire de Saint-Denis, près de Paris. Il s’agit de « pauvres passants » qui cherchent à se faire employer au gré des étapes de leur pérégrination dans le royaume. Ils sont probablement hébergés dans la ferme de l’Aumône, au milieu du bourg,qui appartient aux chanoinesses de Luynes, et dont le fermier est tenu de changer régulièrement la paille de l’une des pièces pour coucher les indigents de passage à Fondettes.
Mais là n’est pas la seule surprise réservée aux assistants. Sans attendre, on célèbre le baptême du nouveau-né. L’ami des parents est choisi comme parrain et donne son prénom à l’enfant. Et, autour des fonts baptismaux, à la lumière des vitraux, ledit Jehan Porcher montre aux fidèles qui l’entourent son visage particulièrement hideux, sans doute ravagé parla lèpre : il « était tellement affligé qu’il n’avait point de nez ni lèvre de dessus », note le notaire du bourg, Jacques Christofle, qui a rédigé l’acte, bientôt validé par le vicaire Mallet.