« Le grand hiver » (1709)

« Le grand hiver » (1709)

Le froid dura, cette année-là, du 6 au 23 janvier. Le curé Buisson de Fondettes a relaté dans son registre ses principaux effets dans sa paroisse. Les charrettes chargées pouvaient passer sur la Loire gelée. La vigne reçut de grands dommages. Il fallut arracher beaucoup de ceps. Il ne fut pas produit dans la paroisse de Fondettes plus de 40 poinçons de vin (1 poinçon = 265,6 l). Les blés gelèrent, les arbres fruitiers aussi. Et les prix grimpèrent considérablement. De plus, au mois de juin, la Loire déborda, inondant toutes les terres voisines, gâtant encore de nombreuses récoltes. Le commerce à Tours avait subi un coup d’arrêt, notamment à cause des guerres, ce qui eut de graves répercussions économiques à Fondettes, où de nombreuses familles bénéficiaient d’un complément de revenu par le dévidage des cocons de soie que leur livraient les marchands soyeux de la ville. Et le nombre de pauvres augmenta. L’année 1709 marqua pour un long moment la mémoire de nos ancêtres.

 

Bataille religieuse sous l’ancien régime

Bataille religieuse sous l’ancien régime

On sait que la vie quotidienne de nos ancêtres, sous l’Ancien Régime, était beaucoup conditionnée par la vie religieuse et ses obligations parfois pesantes. A Fondettes comme ailleurs, les sonneries des cloches rythment les journées des villageois. La gestion des affaires publiques se fait devant les portes de l’église ou sur les bancs de la nef, lorsque le froid est trop intense. Lors de ces assemblées d’habitants, on parle, sous l’autorité du syndic et des fabriciers, de sujets très divers ; on évoque autant  la répartition des impôts que les réparations à faire aux bâtiments religieux, à la fontaine du bourg ou au cimetière ; on débat sur l’entretien des chemins et sur les corvées qu’impliquent ces travaux, sur la gestion des biens mobiliers ou immobiliers de la paroisse, etc. Certains curés ont marqué l’histoire paroissiale de Fondettes, et notamment par la durée de leur ministère. C’est le cas de Jean Bourau (curé de 1660 à 1707) et de Jean Roy (curé de 1739 à 1781) qui ont, à eux seuls, si on additionne leurs deux ministères, occupé pendant près d’un siècle la cure de Fondettes entre les 17e et le 18e siècles. Les prêtres ont souvent été appréciés par la population pour les services, les secours et l’assistance qu’ils apportaient à leurs ouailles, les conseils qu’ils prodiguaient. Ils ont sans doute aussi été quelquefois contestés, notamment lorsqu’ils montraient trop de zèle à faire appliquer les ordonnances archiépiscopales qui incitaient par exemple les Fondettois à assister plus assidûment aux offices et à fréquenter moins souvent les « cabarets » du village. Si la vie des curés de Fondettes n’a pas toujours été paisible à l’intérieur de leur paroisse, lorsqu’ils devaient régler les problèmes quotidiens, tant matériels qu’humains, ils ont eu également à faire face à des conflits extérieurs ; des conflits qui pouvaient les opposer parfois aux autorités de l’église ou à des confrères prêtres. Ainsi, le curé Jean Roy et son vicaire, Jean Lorfray, gagnés tous les deux aux idées jansénistes, eurent plusieurs fois à subir les foudres de l’archevêque. Nous aurons bien sûr, dans le cadre des travaux conduits par l’association à traiter de ce sujet particulièrement intéressant de la vie religieuse locale. Par ailleurs, j’ai récemment acquis, sur Internet, un document édifiant sur les relations difficiles entre les prêtres tourangeaux. Il s’agit d’une pièce d’un procès qui oppose Martin Poulet, qui a occupé la cure de Fondettes contre les prétentions d’un autre prêtre, nommé Gourdon, lequel fait valoir auprès de l’archevêque que ce bénéfice lui revenait de droit. Dans ce document en question (photo ci-contre), parfois les arguments volent bas ; j’aurai sans doute à développer également plus tard cette affaire. Mais ces deux exemples montrent à l’évidence que la vie religieuse de Fondettes mérite que les historiens, fussent-ils amateurs, s’y penchent avec attention. Des perspectives de travaux pour les adhérents motivés de Fundeta.

par Jean-Paul Pineau